LA MAGIE DE BARTABAS
Ce texte vous raconte notre escapade sur l'île d'Aix, le vendredi 18 mai 2007, pour un des deux "levers de soleil" organisés par BARTABAS qui avait prévu d'y entrainer son cheval LE CARAVAGE devant environ 400 spectateurs. Le départ se faisait à 4 heures, par bateau, depuis LA ROCHELLE, et le "spectacle" devait commencer à 5 h 15.
Nous marchons dans la nuit, en silence. Ne pas faire de bruit, n'allumer aucune lampe, aucun flash, ne pas traverser le cercle... Nous arrivons sur un espace circulaire entouré de bancs à dossier. Nous nous y installons et nous serrons l'un contre l'autre pour nous réchauffer. Derrière nous, un rang supplémentaire de bancs d'école. Il fait tout noir. A peine distingue-t-on un cheval, au centre, marchant régulièrement autour d'une silhouette sortie tout droit du Seigneur des Anneaux. Capuchon de moine, mais en pantalon long et large. Le port est altier. Pas de visage. On n'entend que le grondement de l'océan, la brisure des vagues qui viennent mourir dans l'anse, derrière nous, et le cliquetis du mors... Rien d'autre.
Il règne une atmosphère étrange. Le vent s'est calmé pendant la nuit. Mais un brouillard propice au mystère règne sur l'esplanade. On se croirait à une réunion secrète, comme si un éclair fulgurant était sur le point de survenir, comme si un être surnaturel et redoutable allait surgir. Les spectateurs emmitouflés, que l'on distingue à peine dans la pénombre, semblent les mystérieux officiants d'un rituel magique...
Un autre individu majestueux entre dans le cercle et avec douceur, pose son front contre le chanfrein du cheval, comme s'il voulait entrer en communion avec lui. Puis, avec autant de légèreté que de douceur, et après l'avoir longuement caressé, il se hisse sur son dos. L'autre s'évanouit dans la nuit. Trônant sur un promontoire, une improbable harpe se découpe sur le ciel. Discrète, elle égrène quelques sons cristallins. Alors, commencent les évolutions de ce somptueux cheval. Lentes, douces. Le pas, longtemps. Puis le trot. Caresse. Il le fait marcher en biais, reculer. Puis, galoper lentement, presque sur place, en caracolant. Il ne fait jamais durer un travail plus d'une vingtaine de secondes. Caresse... Parfois, le cheval avance en levant la jambe avant très haut, puis l'autre, 3, 4 pas et s'interrompt... La harpe prend un court instant des accents d'Albéniz. Le travail n'a rien d'exceptionnel. Aucune trace du moindre effort, aucune surprise. Aisance et tranquillité. Ce centaure sans visage qui se détache à peine de la nuit, dans le silence de la terre qui absorbe ses pas, a quelque chose de fantasmagorique. Jamais un mot, parfois un imperceptible claquement de langue. Et le cliquetis du mors sur fond de grondement océanique... Quelques évolutions encore, puis il s'arrête. Bartabas a ôté sa capuche depuis quelques minutes. Il retourne au rang de mortel puis descend, comme au ralenti. Sans hâte, il ôte la selle, puis le mors. Et il s'en va sans un regard, fantôme dissocié d'une partie de lui-même. De rares spectateurs tentent bien d'applaudir, mais les gens demeurent attentifs et recueillis. Le Caravage renifle le centre du cercle, où la terre a été retournée à son intention, se laisse brusquement tomber dedans et s'y roule avec délices... Il se relève, inspecte encore un peu le sol, puis part, comme pris d'une folle allégresse, en courant dans tous les sens. Liberté. Quelques instants de relâchement total. Il fonce plein galop sur nous. Pas le temps d'avoir une pointe d'inquiétude... A peine entend-on un léger murmure parmi les spectateurs. Va-t-il s'arrêter ? Va-t-il sauter ? A quelques mètres, il stoppe soudain son élan, s'immobilise in extremis à deux pas de nous et, interdit, nous surplombe de sa majestueuse stature, comme s'il s'apercevait seulement de notre infime présence, avant de repartir tranquillement. Le premier moine - du sexe féminin, nous le verrons plus tard- entre dans le cercle, le caresse avec douceur et reste près de lui. Tout simplement. Dans quelques minutes, elle lui passera un licol avec beaucoup de délicatesse. Mais elle le laisse d'abord profiter d'une liberté, qui a cessé de le griser. En silence, nous nous levons. Il fait jour. Un jour épais et laiteux, qui rechigne à se lever... C'est fini. Ne reste qu'un cheval qui broute tranquillement à quelques pas de nous et un jeune moine attendant patiemment qu'il en ait terminé. Le soleil a oublié de se lever à l'heure, ce matin. Il est resté à rêver sous le charme d'un magicien et de sa monture...
Il règne une atmosphère étrange. Le vent s'est calmé pendant la nuit. Mais un brouillard propice au mystère règne sur l'esplanade. On se croirait à une réunion secrète, comme si un éclair fulgurant était sur le point de survenir, comme si un être surnaturel et redoutable allait surgir. Les spectateurs emmitouflés, que l'on distingue à peine dans la pénombre, semblent les mystérieux officiants d'un rituel magique...
Un autre individu majestueux entre dans le cercle et avec douceur, pose son front contre le chanfrein du cheval, comme s'il voulait entrer en communion avec lui. Puis, avec autant de légèreté que de douceur, et après l'avoir longuement caressé, il se hisse sur son dos. L'autre s'évanouit dans la nuit. Trônant sur un promontoire, une improbable harpe se découpe sur le ciel. Discrète, elle égrène quelques sons cristallins. Alors, commencent les évolutions de ce somptueux cheval. Lentes, douces. Le pas, longtemps. Puis le trot. Caresse. Il le fait marcher en biais, reculer. Puis, galoper lentement, presque sur place, en caracolant. Il ne fait jamais durer un travail plus d'une vingtaine de secondes. Caresse... Parfois, le cheval avance en levant la jambe avant très haut, puis l'autre, 3, 4 pas et s'interrompt... La harpe prend un court instant des accents d'Albéniz. Le travail n'a rien d'exceptionnel. Aucune trace du moindre effort, aucune surprise. Aisance et tranquillité. Ce centaure sans visage qui se détache à peine de la nuit, dans le silence de la terre qui absorbe ses pas, a quelque chose de fantasmagorique. Jamais un mot, parfois un imperceptible claquement de langue. Et le cliquetis du mors sur fond de grondement océanique... Quelques évolutions encore, puis il s'arrête. Bartabas a ôté sa capuche depuis quelques minutes. Il retourne au rang de mortel puis descend, comme au ralenti. Sans hâte, il ôte la selle, puis le mors. Et il s'en va sans un regard, fantôme dissocié d'une partie de lui-même. De rares spectateurs tentent bien d'applaudir, mais les gens demeurent attentifs et recueillis. Le Caravage renifle le centre du cercle, où la terre a été retournée à son intention, se laisse brusquement tomber dedans et s'y roule avec délices... Il se relève, inspecte encore un peu le sol, puis part, comme pris d'une folle allégresse, en courant dans tous les sens. Liberté. Quelques instants de relâchement total. Il fonce plein galop sur nous. Pas le temps d'avoir une pointe d'inquiétude... A peine entend-on un léger murmure parmi les spectateurs. Va-t-il s'arrêter ? Va-t-il sauter ? A quelques mètres, il stoppe soudain son élan, s'immobilise in extremis à deux pas de nous et, interdit, nous surplombe de sa majestueuse stature, comme s'il s'apercevait seulement de notre infime présence, avant de repartir tranquillement. Le premier moine - du sexe féminin, nous le verrons plus tard- entre dans le cercle, le caresse avec douceur et reste près de lui. Tout simplement. Dans quelques minutes, elle lui passera un licol avec beaucoup de délicatesse. Mais elle le laisse d'abord profiter d'une liberté, qui a cessé de le griser. En silence, nous nous levons. Il fait jour. Un jour épais et laiteux, qui rechigne à se lever... C'est fini. Ne reste qu'un cheval qui broute tranquillement à quelques pas de nous et un jeune moine attendant patiemment qu'il en ait terminé. Le soleil a oublié de se lever à l'heure, ce matin. Il est resté à rêver sous le charme d'un magicien et de sa monture...
Par Serena, Vendredi 25 Mai 2007 à 16:31 GMT+2 dans Ma rubrique (article, RSS)





